Le récit de mes stages (avocat, TGI, hôpital psy)


Devenir un vrai juriste, Ma vie d'étudiante / dimanche, mars 4th, 2018

À la suite du petit sondage que j’ai fait passer sur les réseaux sociaux, j’ai découvert ton intérêt pour mes stages. Au lieu de faire un article sur chacun, j’opte pour le 3 en 1. J’espère que ça va te plaire !

I. AVOCAT

Nous sommes en 2014, je viens de finir ma L1 et je m’ apprête à passer toutes mes vacances d’été en stage. Eh oui, cette année est une grande année, car je vais avoir une véritable révélation. Et c’est entre autre grâce à ça qu’aujourd’hui je te pompe les oreilles avec les stages. Tu sais, moi je viens de la campagne, ici deux frères ont réussi et tout le monde en parle, ce sont les frères Vogel, deux grands, très grands avocats à Paris. Depuis que je dis vouloir l’être moi aussi, ma mamie me découpe les articles qui les concernent dans le journal. Je me dis qu’un jour je serais comme eux ! Une grande avocate d’affaires !
Le mois de mai arrive et j’emménage dans un minuscule appartement dans le 13ème arrondissement de Paris. C’est parti, demain je vais voir mon rêve se réaliser, je vais travailler deux mois pour Vogel&Vogel, avenue d’Iena à Paris. Le cadre est magnifique on est dans le XVIeme, le cabinet est un ancien hôtel particulier, tout est en marbre, le rêve absolu. On m’installe dans un bureau avec un autre stagiaire et les missions s’enchaînent. Les jours passent, je ne fais pas grand chose, de la recherche juridique, je passe mon temps sur Dalloz. On m’envoie chercher des livres dans leur immense bibliothèque, ensuite, par manque de boulot je vais aider la comptable. Je n’ai vu Maîtres Louis et Joseph Vogel que dans les couloirs. Je suis déçue… ce n’est pas du tout ce que j’imaginais. Personne ne plaide, personne ne reçoit de clients, rien ne bouge. C’est du travail de bureau avec de gros chèques rien de plus. Voilà le monde du droit de la consommation et de la distribution … C’est bien morose ! J’en discute avec un avocat qui bosse depuis 20 ans dans le cabinet, il me dit que oui, c’est juste du travail de bureau. Les deux mois sont longs, très longs, on est à Paris, il fait chaud, c’est la coupe du monde. Décidément cette ville et moi ça fait deux ! Je suis contente, je vais enfin rentrer chez moi et commencer mon deuxième stage après deux mois de calvaire.
Juillet est là ! C’est l’heure d’aller chez Maître Schwartz, avocat généraliste au Barreau de Sarreguemines. C’est un cabinet de 3 avocats, il y a son associé et ancien bâtonnier Maître Lagarde, et une toute jeune collaboratrice Maître Staude. Il me confie un premier dossier, il s’agit d’une adoption, une histoire compliquée mais c’est chouette, je viens de finir le droit de la famille en cours ! Je vois dans les conclusions qu’une adoption simple est demandée, ça me travaille. Maître Schwartz me demande mon avis, je lui fais part de ma remarque, pourquoi ne demandent-ils pas une adoption plénière ? Et là c’est le déclic, Maître Lagarde change tout de suite les conclusions ! Wow, quelle fierté, je sors de L1 et pourtant je peux me rendre utile ! J’enchaîne les audiences: référés, juge des enfants, correctionnelles, tribunal de police, tribunal administratif, prud’hommes, TASS, bref j’adore ! C’est si passionnant !!!!!! Je reçois un énorme dossier de 3 tomes, sur des tentatives d’homicides, une affaire médiatisée et ultra croustillante, pour nous, pénalistes. J’ai découvert toutes les facettes du métier: l’excitation de la nouvelle affaire, la concentration lors du premier entretien pour le nouveau challenge qu’on nous apporte, le désespoir des clients, l’horreur de ce que peuvent parfois faire les hommes. Ce sont les dossiers de pédophilie les plus durs, les plus déstabilisants. Mais une chose est sûre c’est ce genre d’avocate que je veux être ! Je veux être en relation avec mes clients, les aider, je veux être au cœur de la société, de tout ce qu’elle a de meilleur et de plus mauvais ! Je veux être pénaliste !!! Maître Schwartz me félicite on a passé tellement d’heures ensemble, il me dit que je suis sur la bonne voie et ça me rassure, il me dit que j’ai ça dans le sang et je crois qu’il a raison. Vite vite que les années avancent …

II. TGI

Nous sommes en 2015, cette année malheureusement une partie de mon été se passera à l’hôpital j’ai une petite tumeur à faire opérer. Rien de grave, c’est bénin, mais je ne pourrais pas faire 4 mois de stage. 1 mois seulement, mais au TGI de Sarreguemines. C’est le Procureur Glady qui m’accueille et qui me donne mon emploi du temps. Wow je vais voir tellement de choses ! On commence par les audiences du juge des enfants, on demande aux parties si ma présence dérange, si non je m’installe aux côtés du juge et j’observe. Qu’elle ambiance, quel rôle ! C’est impressionnant, et excitant à la fois. Il a vraiment le pouvoir de remettre un enfant sur le droit chemin, il a cette figure d’autorité qu’on a peut-être plus aujourd’hui chez les majeurs. Je l’admire ! Ensuite j’accompagne la juge d’application des peines à la maison d’arrêt de Sarreguemines pour entendre les détenus qui ont demandé un aménagement pour le reste de leur peine, bracelet électronique, semi-liberté, liberté conditionnelle, etc… C’est ma première fois en prison, c’est comme dans les films, je me sens toute petite mais j’évite de le montrer, j’appréhendais mais tout c’est extrêmement bien passé. J’ai assisté au côté du procureur aux audiences de correctionnelles et même au Tribunal pour enfants ! Assise à côté de lui les avocats venaient me saluer pensant certainement que j’étais assistante de justice, c’était assez marrant d’ailleurs. Je suis allée avec le JLD aux audiences à l’hôpital psychiatrique de Sarreguemines concernant les hospitalisations forcées, quel endroit c’est très étrange, on s’y sent un peu mal à l’aise. Je vois défiler les patients tous tellement désespérés, certains dangereux mais au final tous malades … certains portent sur eux les cicatrices des mutualisation qu’ils s’infligent, je me souviens de cet homme qui avait tenté de se trancher la gorge, je le vois encore, quelle tristesse….

III. Hôpital psychiatrique

2016, cette année je me suis octroyée des vacances ! Les premières depuis deux ans ! Je suis partie un mois en Norvège quel plaisir, le grand air, les fjords, la pêche (oui j’aime pêcher ! Ahaha) bref c’était top ! Mais me voilà super pressée de rentrer je commence bientôt un stage de 2 mois chez le grand docteur Baratta, le plus grand psychiatre criminel de France ! En plus quelle chance parce que là, j’y suis vraiment allée au culot ! Je dois déposer ma candidature en octobre pour un DU en profilage, je sais que mon dossier est bon mais je veux une expérience en psychiatrie pour faire le combo droit/psycho, comme ça je suis sûre d’être dans les 20 sélectionnés. Alors je me suis dit qu’il fallait que je trouve un psy criminel, je tape ça dans Google et je tombe sur une tonne d’articles concernant le docteur Baratta. Je me dis que c’est fou et je cherche d’où il vient. Et là, là c’est la folie, il est à Sarreguemines !!!!!!!!! Wow trop de chance !!!!!! J’ai un ami qui est infirmier au CHS je lui demande de me trouver l’adresse mail directe du docteur, 2 h après je l’avais. Je lui fais un mail du feu de dieu auquel il répond en même pas dix minutes en me proposant des dates. Truc de malade, c’était réglé et bouclé en une heure ! Le grand jour arrive ! Je vais enfin le rencontrer ! Punaise quel homme ! Tellement simple, accessible et gentil mais tellement brillant !!!!! Il m’explique le fonctionnement de l’hôpital et m’emmène à l’USIP où sont soignés les malades difficiles qui viennent soit de prison soit d’autres hôpitaux, ceux qui ont fait de grosses bêtises pour faire simple. Ça va de l’agression d’infirmière, à la tentative de viol, à crise de schizophrénie etc. Ils sont soignés et stabilisés, si ça va mieux ils sont renvoyés à l’expéditeur si je puis dire au bout de 3 mois, sinon il vont en UMD, par tranche de 6 mois. Et tous les 6 mois ils rencontrent le JLD s’ils en font la demande, qui statue sur la fin de l’hospitalisation forcée. L’équipe est uniquement masculine des infirmiers aux médecins, je suis la seule nana, en plus 1 m 80 et rousse ou repassera pour la discrétion… Le Docteur fait passer les patients les uns après les autres dans son bureau pour qu’ils me rencontrent et me disent pourquoi ils sont là, on a des actes nécrophiles, des violences, des actes terroristes, des crises de démence ou juste de la folie, pure et dure. Les cas sont tous différents, on est plongé à la fois dans la criminalité et dans la maladie, l’une étant la conséquence de l’autre. Les problématiques sont émotionnellement puissantes. Mais ce monde est entouré d’un tel tabou: pour le commun des mortels ils sont mauvais,  point. Mais non, ils sont malades, et pour la plupart ils ont des maladies irréversibles comme la schizophrénie avec des délires paranoïaques par exemple. C’est extrêmement dur à vivre pour eux et pour moi c’était dur à voir. On est sans cesse dans la tension, la tension des malades qui sont toujours sur le fil, prêts à décompenser d’une minute à l’autre pour un mot de travers. La tension de la crise de groupe après un geste ou un mot, là aussi. La tension d’être dans cet environnement d’homme un peu comme un cheveu sur la soupe, parfois je me dis  » mais qu’est ce que tu fous là « , mais bon sang que c’est passionnant !!!!! Le Docteur partage tout avec moi dans les moindres détails, il me fait une confiance aveugle et c’est d’une motivation sans précédent ! Que j’ai adoré ce stage, pour ce que j’y ai appris mais aussi pour ce que j’y ai vécu,et pour mes collègues qui sont aujourd’hui mes amis, de très chers amis. Une juriste en hôpital psy, pas si fou que ça !

La morale de l’histoire c’est que tu dois toujours suivre tes envies et ta curiosité, tu es jeune, tu es beau alors vas y, fonce, pire que non on ne te dira jamais, alors qu’est ce que tu risques ?
Les stages c’est le seul vrai bonheur des études, je t’assure c’est encore plus jouissif que les jeudi soir au bar. Et toi, quand est ce que tu me racontes tes aventures ?

6 réponses à « Le récit de mes stages (avocat, TGI, hôpital psy) »

  1. Bonjour j’aimerais savoir comment trouvez vous des stages aussi facilement? Car moi je cherche je cherche mais personne n’a l’air de vouloir de moi..

  2. Hello Amandine,
    déjà je te conseille de lire mon article « comment décocher un stage » tu y trouveras pas mal de réponses. Ensuite, si ça ne va toujours pas, je t’invite à prendre contact avec moi via le formulaire ou les réseaux sociaux pour que tu me racontes un peu ton parcours et que je puisse t’aider personnellement. Tu sais c’est comme en amour, il y a forcément un maître de stage qui t’attend quelque part ahahah !
    A très vite !

  3. Whaou quel article ! Ça me donne vraiment envie de faire un stage cet été ! Je suis en L3 droit, je suis entrain de peaufiner mon Cv et lettre de motivation avant d’envoyer tout ça en juridicition/cabinet/ maison d’arret 🙂
    Merci pour ce super partage

  4. Coucou, merci pour cet article!
    As-tu des conseils généraux à donner pour un entretien d’embauche? 🙂

  5. Merci beaucoup Emilie ça me fait vraiment très plaisir !! Je croise les doigts pour tes stages alors, si tu as besoin d’aide n’hésite pas à m’écrire !
    A bientôt

  6. Coucou Anya,
    alors pour un entretien d’embauche, l’important pour moi est de se positionner directement en dominant et pas en soumis. Je m’explique, tu es là pour prouver ce que tu vaux, et convaincre, personne n’a jamais convaincu en alignant 2 mots où en sortant des phrases bateaux. L’essentiel, c’est de se démarquer. Pour ça, je te conseille de préparer des réponses aux questions qu’on pose toujours du genre : vos qualités, vos défauts, pourquoi notre entreprise, ce que vous pouvez apporter etc, etc. Ca te permettra de travailler tes réponses et de trouver des tournures originales sans tomber dans le « je suis dynamique », tout le monde est dynamique ! Il faut montrer que tu es là, que c’est toi qu’ils doivent prendre, parce que tu es la mieux placé pour ça. Réfléchi à tes plus, a ce que tu peux apporter à la boite et si on ne te le demande pas met ça en avant. Il faut parler au recruteur de façon à ce qu’il comprenne que tu es une évidence. « De plus, si vous me choisissez, je pourrai vous apporter … ce qui pourra vous être très bénéfique de ce point de vue… » Etc.

    Voilà si tu veux qu’on en discute, tu peux me contacter avec plaisir, je ferai de mon mieux pour t’aider.

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